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Bernard CHIRIS
C'est d'ailleurs ce que l'on
retrouve tout au long de la vie du cheval, tout au long de son dressage.
On ne peut donc se prétendre éthologue sans une solide
éducation équestre! Beaucoup l'oublient...on ne pas forme
les cavaliers en quelques jours ou sur quelques stages!
Nicolas
BLONDEAU
A
mon sens, c'est l'état d'esprit dans lequel on pratique. Cet état d'esprit
là est universel. Mais les sensibilités elles, sont différentes.
La progression elle-même permet de passer tous les chevaux et de les
amener à un stade de dressage stabilisé, quel que soit
son caractère, son sang, sa race, ses antécédents. A la fin de la progression,
tous les chevaux sont amenés à un même niveau de dressage stabilisé.
Si l'on veut bien admettre que tout vient de l'homme, il faut par voie
de conséquence d'abord de former les hommes.
Bernard CHIRIS
Je suis tout à fait en accord avec vous. L'essentiel pour l'homme
n'est-il pas d'avoir une juste appréciation de son niveau, de ses qualités
et de ses défauts, de ses lacunes? L'homme doit s'estimer à sa
juste valeur et avoir confiance en lui. Or beaucoup de gens, qui s'avèrent
aussi être des cavaliers, sont mal dans leur peau. C'est là une
source d'échec, ou un parasitage dans la relation avec le cheval que
l'on ne peut absolument pas négliger. Ne faudrait-il pas d'abord obtenir
du cavalier qu'il travaille aussi sur lui-même ?
Nicolas
BLONDEAU
Comme
je l'ai dit, on ne peut pas prétendre dresser si l'on n'est pas dressé
soi-même. Il va sans dire qu'il faut d'une part être convaincu des moyens
que l'on emploie, et par voie de conséquence, agir sans à priori,
et surtout en prenant le temps d'exécuter, comme dans toutes ces méthodes.
Aborder les phases les unes après les autres sans souci de durée. Les
anciens disaient " pour aller vite, il ne faut pas se presser
"...cependant, encore une fois, si ça va vite, c'est parce que les moyens
employés sont les bons.
Bernard CHIRIS
Vous vous occupez de chevaux destinés à des usages très
divers, que ce soit la course, la compétition, le loisir. Le débourrage
est-il le même pour tous ces chevaux ?
Nicolas
BLONDEAU
Quelle
que soit la race, la spécialité, la discipline du cheval, chaque cheval
doivent être débourré avec autant de précautions. Qu'il s'agisse d'un
cheval de course de groupe I, qui aura peut être la chance de courir
l'Arc de Triomphe, ou un trotteur qui ira au Grand Prix d'Amérique,
ou un cheval de concours qui fera les grandes épreuves, ou un cheval
de loisir comme d'un cheval d'endurance, tous les chevaux doivent être
débourrés de la même façon avec les mêmes précautions, et surtout,
devront posséder le même tronc commun. Les chevaux de dressage en particulier
devront d'abord être des chevaux d'extérieur. Si le cheval de plat ne
verra par la suite pas de dénivelés, de contrebas, ou de gués, il doit
déjà avoir conscience et l'expérience des passages difficiles, des trous,
des passages d'eau, avant de rentrer dans sa spécialité. Quelle que
soit sa discipline, le cheval a donc le même tronc commun avant d'être
orienté. C'est un peu les humanités du cheval.
Bernard
CHIRIS
Il en est de même pour les cavaliers. On ne peut pas être un cavalier
de dressage si l'on a pas vécu en selle ce qu'étaient les changements
d'équilibre en tout terrain, l'impulsion, les allures vives. Dans la
phase du débourrage, quelle importance accordez-vous à l'impulsion
? Pensez-vous qu'il faille une mise en avant sérieuse ? Quelle est votre
approche au niveau de l'impulsion ?
Nicolas
BLONDEAU
Moi, je
partage tout a fait l'avis du Docteur Pradier, qui a définit l'impulsion:
" l'impulsion, c'est le cheval à la disposition du cavalier".
Je n'ai rien à ajouter à cela.
Bernard
CHIRIS
Nuno Oliveira, et il n'était pas le premier, définissait l'impulsion
comme un état d'esprit du cheval. Lorsqu'un cheval est plus avancé,
comment envisagez-vous la suite du travail ?
Nicolas
BLONDEAU
Aborder
un cheval, rentrer dans le boxe du poulain que l'on va débourrer, s'apprêter
à lui mettre un filet, à le seller, à le monter,
c'est déjà un acte de dressage. Ca doit commencer dans le même état
d'esprit. Il n'y a aucune rupture pour moi entre le débourrage et le
dressage.
Bernard
CHIRIS
Des lors que l'on aborde un cheval ou qu'on
le monte, on communique, on éduque. Vous abordez l'étape du montoir
dans le boxe, vous montez dans le boxe. Quelle en est la raison ?
Nicolas
BLONDEAU
C'est
le lieu où le cheval est habitué à vivre, ou s'est
habitué à vivre. Pour des raisons de complicité, de proximité,
puisque j'interviens seul, il est plus facile pour un cheval de se concentrer
sur un seul individu que sur plusieurs. Je le monte naturellement, dans
le boxe, puisque je suis en train de lui faire quelque chose qui est
devenu pour lui tout à fait naturel, en partant du principe que
son père, son grand-père, son arrière grand-père...ont été
montés. Je crois que la fonction crée l'organe.
Bernard
CHIRIS
Dans le cas ou le cheval offre des résistances
et se défend, n'y a-t-il pas un risque important pour le cavalier à
débourrer dans le boxe ?
Nicolas
BLONDEAU
Absolument
pas, puisque le fait de monter n'est qu'une conséquence de la progression
et des résultats obtenus par cette progression. Il est hors de question
de monter un cheval tendu! Il est hors de question de monter sur un
cheval dont les masses musculaires ne sont pas molles! Il est hors de
question de monter un cheval qui à priori n'est pas détendu.
Bernard
CHIRIS
Vous accordez donc beaucoup d'importance au
travail à pied, à la préparation. Personnellement, je
travaille beaucoup mes chevaux à pied, quel que soit leur âge,
et presque toujours en début de séance. Je m'aperçois lors des stages
que j'anime, et avec tous les cavaliers qui viennent se perfectionner
à la maison, que les cavaliers sont très demandeurs de travail
à pied, dont ils ont souvent aucune notion. Beaucoup ont envie
d'aborder ce travail, mais n'osent pas le faire faute de compétences.
J'ai entendu tout à l'heure lors de la table ronde que vous animiez
que vous accordiez une grande importance à ce travail. Que préconisez-vous
comme travail à pied ?
Nicolas
BLONDEAU
Les trois
quarts, pour ne pas dire les quatre cinquièmes du débourrage du cheval
se passent à pied. C'est à pied que tout se prépare. Le
principe étant de ne rien avoir à demander a cheval qui n'ait
été demandé au préalable a pied. C'est ma conviction, qui est
une conviction partagée par d'autres. C'est à mon sens la seule manière
de procéder.
Bernard
CHIRIS
Votre approche est particulièrement intéressante,
et je souhaite à vos élèves de pouvoir la mettre en pratique
pour le bien-être des chevaux. Je vous remercie pour votre amabilité.
Entretien réalisé par Bernard CHIRIS lors
des "Journées équestres de Montferrat 2007"
dans le Var en septembre 2007.
©
Chiris 2007
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